mercredi 29 janvier 2020

Peinture abstraite d'improvisation et mémoire du geste et du mouvement et du corps.

Je fais de la peinture abstraite d'improvisation. Des années durant, j'ai pratiqué le dessin académique. Au bout de 20-25 ans de dessin je me suis ennuyé. Je ne trouvais plus de sens à ce que je faisais.

Non pas que je critique le dessin académique, mais je n'y trouvais plus mon compte. Dessiner pour dessiner. Je me sentais limité. Il n'y n'avait plus de plaisir, je trouvais mon dessin banal. Avec le temps, la pratique de la guitare et de la composition, j'ai découvert que la musique c'est de l'art abstrait. Les sons ne copient aucunement la réalité comme un crayon qui recopie un portrait ou un paysage. Tout est une suite de mélodies et de rythmes, une suite de mouvements en l'occurence ceux des mains, et du corps. Je n'ai pas dessiné souvent ces 4 dernières années. Ça me minait. Je pensais que j'étais un dessinateur raté.

J'ai découvert Fabienne Verdier et son approche de la peinture. Elle m'a convaincue, que la peinture abstraite était une peinture du coeur. Ça m'a libéré en quelque sorte. L'unique trait de pinceau. Insufler de la vie à travers la peinture et le pinceau. Se laisser traverser par la création et la poésie. Ne devenir qu'un intermédiaire de la création. Laisser mon corps parler à ma place. J'appelle ça la mémoire du mouvement. J'ai déssiné, beaucoup, des tas de dessins. J'ai travaillé à la plume, au stylo bille, stylo feutre, crayon, fusain, criterium, j'ai dessiné au pinceau, à la craie grasse, les gouaches, les aquarelles. Tout ces dessins, ces milliers de traits, mon cerveau les a emmagasiné, ma main les a enregistré, je les libère aujourd'hui sur la toile.

Les pleins, les déliés, et surtout l'importance du vide que j'ai appris dans l'art du Bonsaï pendant 5 ans en club. Toutes ces techniques de dessins que j'ai apprise, je les laisse faire le bouleau, elles sont au service de l'ésthétique. Mais c'est très difficile. Faut lâcher prise et en même temps garder une réceptivité à ce que l'on fait. Il faut être sûr de soi mais rester humble. Il faut mettre du coeur à l'ouvrage mais ne pas céder au zêle. Tout est une question d'équilibre. Faut être un funambule. Alors le moment jouissif c'est quand on est dans l'instant présent. Lorsque je crée un tableau, que je suis en train de dérouler l'instant présent avec le pinceau ou la spatule. Je ne contrôle plus rien. Je dis souvent que la peinture abstraite, c'est une peinture non verbale. Et c'est ce qui m'interesse.

Aujourd'hui on est dans la communication, à outrance. L'information, rationnalisée, statistique, mathématique, logique, aliénante. Tout ceci a pris le dessus sur la communication non verbale. Celle-ci revêt le caractère  de la culpabilité. Il faut parler, remonter les infos, partout, faut factualiser, dans des e-mails, des sms. Si tu ne parle pas tu n'existe pas. Alors que la communication non verbale, celle du corps est aussi riche que le verbe, elle est aussi primale. C'est ce que nous ressentons dans les entrailles de nos mères qui nous fait ressentir la vie. C'est la receptivité de notre environnement que nous ressentons qui nous parle. Et lorsque nous naissons, la société nous désapprent à ressentir et nous pousse à réfléchir et à penser dans un système préconstruit qui nous enferme dans la rationalité pure. L'ésprit cartésien.

La peinture abstraite c'est à mon sens tout l'inverse. C'est une peinture qui donne la parole au corps. C'est une peinture qui vous pousse à ressentir au lien de penser schématiquement avec des codes préfabriqués. La peinture abstraite vous pousse à laisser de côté vos préjugés. C'est la rencontre avec l'inconnu, elle vous pousse vers l'altérité et vous demande de mettre votre jugement de coté. Une peinture où Les gestes, le mouvement, parlent de nous mêmes.